7 sujets incontournables – NEC 2020

Pour préparer l’édition 2020 de NEC et en faire un événement véritablement commun, nous avons interrogé les acteur⋅trices du secteur pour qu’elles·ils partagent leurs visions des défis numériques de demain, expriment leurs besoins et témoignent de la richesse de l’écosystème numérique.

Chercheur⋅euses, agent⋅es de collectivités, professionnel⋅les de la médiation numérique, acteur⋅trices du monde associatif ont partagé leurs regards, leurs expertises, leurs sentiments sur la consolidation d’un numérique partagé. La mise en commun de ces entretiens fait émerger nombre
de questions auxquelles nous devrons répondre collectivement dans le cadre de l’édition lyonnaise qui aura lieu les 17 et 18 Novembre 2020.

Nous vous proposons ci-dessous, en lien avec des ressources complémentaires, des pistes d’exploration pour partager notre cheminement. Vous pourrez ainsi naviguer dans les étapes de construction de cette programmation, en lien avec les travaux déjà effectués.

Ce travail est ouvert et contributif. N’hésitez pas à nous interpeller en envoyant un email à romain[at]frequence-ecoles.org.

Quelle place pour la technocritique ?

La ligne de fracture ne passe pas entre les partisans et les opposants à la technique, mais entre ceux qui prétendent que les techniques sont des outils neutres, que le progrès technique est un dogme non questionnable, et ceux qui y détectent des instruments de pouvoir et de domination, des lieux où se combinent sans cesse des rapports de force et qui, à cet égard, doivent être critiqués.

François Jarrige (2014). Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences. Paris : La Découverte. ISBN : 978-2-7071-7823-7.


Alors que le progrès technologique est encore souvent perçu comme une promesse d’un avenir meilleur, la technocritique, définie en 1975 par Jean-Pierre Dupuy, a progressivement rassemblé des militant·es soucieuses⋅eux de développer et promouvoir une vision critique des nouvelles technologies et de leurs conséquences économiques, environnementales et sociales.

Face à la startup nation, la société de contrôle ou considérant les exclu·es de la dématérialisation, les technocritiques refusent de ne voir que les aspects positifs des outils et usages numériques. Elles et ils revendiquent une approche antiproductiviste et décroissante et la lutte contre l’hégémonie des GAFAM. Dans cette mouvance, certain·es professionnel·les de la médiation numérique se rangent du côté des technocritiques, refusant par exemple d’utiliser Instagram, des solutions de cloud ou contestant la course à la modernité technologique.

La crise écologique ne rend-elle pas nécessaire l’intégration d’un discours technocritique ? Les aidant⋅es numériques en lien avec les publics peuvent elles·ils vraiment s’en revendiquer sans compromettre leur mission ? Les discours technocritiques ne cachent-ils pas une critique morale ou simplement un conservatisme dépassé ? La technocritique est-elle une porte possible vers un autre numérique ?

Aux origines de la technocritique : les luddites

La pensée technocritique s’amorce au début du XIXe siècle en Grande-Bretagne (qui était à l’époque la première nation industrielle) avec la révolte luddite. Elle prend alors la forme d’un rejet catégorique du machinisme. Elle évolue ensuite au fur et à mesure que prospère l’industrie et que les humain·es s’y acclimatent. Elle connaît un regain d’intérêt au début des années 1970, quand la crise écologique devient patente. Elle s’associe alors à l’écologisme tout en restant parfois critique à son égard.

Pour aller plus loin :

Et pour NEC 2020 ?

  • Quelle posture professionnelle des aidant⋅es numériques ?
  • Quel discours tenir sur le développement des low tech ?
  • Comment penser les stratégies d’équipement des publics et des organisations ?

Quelle régulation des algorithmes ?

La définition des dispositifs techniques montre le fragile équilibre à trouver dans la régulation tant les enjeux sont importants face aux risques de défaut de régulation ou de dérèglements induits par la production de systèmes autorégulés. Comme le note Cathy O’Neil, plus l’algorithme semble essentiel, notamment pour les plate-formes, plus les géants de l’Internet à l’instar de Facebook et de Google avancent l’argument du secret industriel.

Christine Chevret-Castellani et Sarah Labelle (2019). “Transparence et loyauté, deux motifs de la régulation des algorithmes”. Terminal (n°124). En ligne.


Dans une société digitalisée comme la nôtre, les algorithmes interprètent la pensée des humain·es et appliquent instantanément des décisions impactant à la fois les systèmes et celles et ceux qui les utilisent. Cette automatisation est puissante et nous interroge à la fois quant aux modalités de contrôle et à l’éthique de ceux qui l’exercent.

Pourtant, la programmation des algorithmes est très peu régulée dans les faits. Des lois – Loi informatique et liberté, RGPD, et loi pour une République numérique – existent mais sont encore trop peu appliquées et au delà, leur insuffisance est régulièrement soulignée par la société civile comme par les chercheur·ses, qui formulent un besoin de transparence et de loyauté dans le fonctionnement numérique d’aujourd’hui. Pour autant, l’absence de contrôle législatif semble favoriser une liberté d’action et les systèmes continuent de fonctionner bon gré mal gré.

Dans ce contexte, comment rendre applicable un cadre juridique adapté pour éviter le risque de débordement ? Faut-il laisser le système se réguler naturellement ? Doit-on attendre et observer la réalité des usages pour construire des outils juridiques adaptés à un numérique éthique, inclusif et durable ?

Mais c’est quoi exactement un algorithme ?

Il s’agit d’une “méthode de décision fonctionnant sur la rétroaction et permettant de mettre en pratique un mécanisme qui anticipe la conduite des individus.”

Pour aller plus loin :

Et pour NEC 2020 ?

  • Faut-il réguler plus strictement aujourd’hui le fonctionnement des algorithmes ?
  • Comment développer la compréhension des algorithmes pour impliquer les utilisateurs et utilisatrices dans les décisions numériques ?
  • Quelles possibilités de surveillance des algorithmes ?

Quelle efficacité des communs ?

La performance, bien que protéiforme, peut être appréhendée comme la recherche d’une cohérence entre des moyens jugés nécessaires afin d’atteindre des fins dans un souci (« rationnel ») d’efficience et d’efficacité. La stratégie et le management de la qualité font également écho à cette logique de « fins-moyens ». Enfermée dans cette logique implacable, l’éthique dans l’organisation reste sans voix.

Dominique Phanuel et Isabelle Lemaire (2015). “Concilier éthique et performance dans l’économie sociale et solidaire : quelle contribution de la vision stratégique et de la qualité ? Le cas de « A.I.D.E.R »”. Gestion et Management Public (vol 4, n°2, p.5-30). En ligne.


Le mouvement des communs numériques, dont “l’usage est commun à toutes et à tous” permet à celles et ceux qui les mettent en oeuvre d’assurer leur autonomie, de répondre à leurs besoins et de garantir la pérennité de leurs projets. Dans ce cadre, peu de projets arrivent à se structurer durablement, malgré les valeurs prônées, parce que la gouvernance collective a un coût.

Pour autant, les communs numériques offrent de nouvelles possibilités :
– la ressource numérique est non-rivale : l’usage de cette ressource par les un·es ne limite pas les possibilités d’usage par les autres ;
– la ressource numérique est non exclusive : sa préservation ne passe pas par la réservation du droit d’usage à une communauté restreinte.

Le numérique est donc à l’origine du développement de communs d’un nouveau genre. Ils se différencient des communs naturels ou matériels, ils sont ouverts et partagés, ce qui accroît d’autant plus leur potentiel.
Mais ce modèle des communs ne peut pas se mesurer uniquement en performance financière, et doit bien entendu intégrer les performances sociales et environnementales pour empêcher l’émergence d’une nouvelle tragédie des communs et garantir l’efficience et la pérennité des projets développés.

Comment aujourd’hui trouver une solution à la tragédie des biens communs ? Comment encourager la structuration de communs capables de répondre aux besoins des territoires ? Quels modèles économiques pour développer des communs efficients ?

La gouvernance des communs

Tel que défini collectivement lors de l’édition 2018 de NEC, un commun désigne “une ressource produite et/ou entretenue collectivement par une communauté d’acteurs hétérogènes, et gouvernée par des règles établies démocratiquement qui lui assurent son caractère collectif et partagé”.

Pour aller plus loin :

Et pour NEC 2020 ?

  • Quelle responsabilité des producteur·trices et mainteneurs de communs numériques ?
  • Comment partager une culture commune des communs ?
  • Comment changer le cadre de la commande publique pour favoriser le développement des communs ?

Quelles stratégies numériques des territoires ?

Évoquer le « territoire numérique », c’est bien souvent entretenir la confusion des deux interprétations : l’une simpliste mais séduisante, à savoir que le territoire « numérique » serait digitalisé, l’autre, plus complexe et plus problématique, à savoir que se développe un second monde artificiel noué au territoire existant. Dans le premier cas, il s’agit de dissoudre le territoire grâce à la technique, de le « déterritorialiser » au sens où il serait délocalisé dans l’informationnel et le « virtuel » ; dans le second, il s’agit d’enrichir et d’augmenter le territoire à l’aide de réseaux techniques
et d’outils logiciels.

Pierre Musso (2008). “Critique de la notion de « territoires numériques »”. Cyberesp@ce & territoires (n°66, p.15-29). En ligne.


Apparu dans les années 90, “le territoire numérique” faisait alors référence à la dérégulation du secteur des télécommunications, au rôle croissant des collectivités territoriales et à la mise en concurrence de ces territoires. Aujourd’hui, les enjeux ne sont plus uniquement liés aux infrastructures, mais bien à la manière dont le numérique touche à tous les services territoriaux, des cantines scolaires à la mise en place d’un logiciel de gestion. Reste que pour le moment, le numérique n’est toujours pas traité de façon commune et transversale au sein d’un territoire. Il s’agit désormais de penser le numérique comme une couche supplémentaire de services, venant fluidifier et améliorer le fonctionnement des collectivités. Sans compter que les civic techs peuvent aussi favoriser l’implication des citoyens.
Sauf que ces territoires numériques créent de nouvelles fractures, complexifiant les rapports de proximité, stigmatisant les exceptions, isolant parfois davantage des citoyen·nes déjà éloigné·es du numérique au lieu de les intéresser et de les inclure.

Quelle place donner aux habitant⋅es d’une collectivité dans les concertations numériques ? Comment construire réellement une stratégie numérique cohérente et transversale dans les collectivités territoriales ? Comment mettre en oeuvre des coopérations pérennes entre acteurs publics et privés au service de l’intérêt général ? Comment mettre les enjeux d’inclusion numérique au coeur des stratégies territoriales ?

Le manifeste “Agir face à l’urgence de l’illectronisme”

Pour répondre aux difficultés d’accès aux droits de 13 millions de personnes vulnérables, les travaux du groupe de travail initié par Les Interconnectés ont donné lieu au manifeste “Agir face à l’urgence de l’illectronisme”. L’objectif affiché ? Partager les responsabilités et le financement de l’inclusion numérique dans le cadre d’une gouvernance permettant de mutualiser les fonds publics et privés. Le manifeste propose d’instaurer une conférence des financeurs de l’e-inclusion, inspirée de la conférence des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie.

Pour aller plus loin :

Et pour NEC 2020 ?

  • Quelles leçons tirer de l’expérience Solidarité Numérique ?
  • Quelles possibilités de concertation citoyenne grâce aux civic tech ?
  • Qui doit aujourd’hui penser la stratégie numérique d’un territoire ?

Quelle place pour l’usager·ère dans les services numériques ?

Fabriquer concrètement l’intérêt général avec la participation du plus grand nombre n’est plus une utopie, mais un objectif stimulant. Repenser les services et les relations avec les destinataires des politiques publiques, sans céder d’un pouce sur les principes républicains et en s’approchant au mieux de l’égalité réelle, c’est renouer avec la possibilité du progrès.

27e Région (2010). Design des politiques publiques édition 2010. ISBN : 978-2-11-007995-4.


Le design thinking (ou “approche design”) place l’utilisateur au centre d’une réflexion visant à concevoir des interfaces numériques plus adaptées, construire des objets et services répondant à de nouveaux besoins ou élaborer des politiques publiques pensées avec et pour les citoyens.

Cette approche renouvelle et dynamise l’action publique comme privée en favorisant l’innovation pour résoudre des problèmes socio-économiques et permettre à tous de participer à la construction de stratégies numériques territoriales.

Cette course à l’innovation, désignée par Schumpeter comme une “destruction créatrice”, implique la disparition “des éléments vieillis” chassés par “des éléments neufs”, pour alimenter une croissance continue caractéristique du capitalisme. La pertinence de cette course peut cependant être questionnée : réalité de l’efficacité, coût de l’approche, impact des projets menés, pérennité des outils, de la démarche et récupération politique.

Comment concilier action publique et participation citoyenne ? Comment mutualiser l’effort et créer des outils et des ressources appliqués aux collectivités ? Comment adapter les services aux enjeux de l’inclusion grâce au design ? Comment penser l’accessibilité des services numériques pour et avec les citoyens ?

Design de services publics

Depuis une dizaine d’années, les pratiques du design telles que le design thinking ou plus spécifiquement le design de services ont été largement déployées au service de l’innovation dans les entreprises. Ces approches se sont répandues plus progressivement dans la conception des services et politiques publiques, notamment à l’initiative de la 27e Région. Ainsi, de nombreuses expérimentations locales ont pu être réalisées en France, en intégrant les usagers, avec une approche pluridisciplinaire et dans des domaines très variés (alimentation, transports, administration).

Pour aller plus loin :

  • Un livre très complet sur le Design des politiques publiques édité par 27e région qui fait le tour d’horizon du design dans les politiques publiques, de ses usages, applications et améliorations
  • Cet article dans le contexte d’une prise de décision en politique publique qui revient sur l’orientation que prend désormais la méthode design, comme un retour à l’essentiel, à la sobriété
  • Un état des lieux du design des politiques publiques réalisé à l’occasion des assises du design 2019
  • Un cours en ligne de la chaire de philosophie sur le Design with careStéphane Vincent de 27e région explique l’intérêt du design et ses applications concrètes dans les politiques publiques
  • Ce processus fondateur et indissociable de l’analyse du capitalisme et de ces mécanismes : “la destruction créatrice” tirée de l’ouvrage datant de 1942 de l’économiste Joseph A. Schumpeter Capitalisme, Socialisme et Démocratie
  • Et pour NEC 2020 ?

    • Comment collecter et interpréter les attentes des publics les plus éloignés du numérique ?
    • Comment favoriser une pensée critique pour à la fois valoriser et démystifier le numérique ?
    • Quelles modalités pour impliquer les usagers dans les phases de design des services numériques ?

    Quels espaces pour vivre autrement le numérique ?

    La notion de Tiers-Lieu a été introduite par Ray Oldenburg (1989) pour commenter la naissance de nouveaux lieux, intermédiaires entre le domicile et le travail, adaptés à un style de vie urbain, individualisés et mobiles. Selon cet auteur, la maison et les endroits de vie représentent les « premiers lieux », les places de travail représentent les « seconds-lieux ». Divergeant des espaces publics qui voient passer une foule hétérogène, les « tiers-lieux » représentent un espace dans l’« entre-deux » où se cristallise une vie communautaire en permettant des échanges plus larges au niveau local.

    Association Opale (2014). “Tiers lieux”. En ligne.


    Des « free places » (les zones franches) de Erving Goffman, à l’origine d’une réflexion sur les « micro-mobilisations collectives », aux « third places » (les tiers-lieux) de Ray Oldenburg, en passant par le concept de
    « déterritorialisation » de Deleuze et Guattari, la question spatiale est évidemment fondamentale en matière de tiers-lieux. Et le numérique a trouvé une place de choix dans ces nouveaux espaces : accès à des machines à commandes numériques, à des lieux de médiation et à une programmation d’ateliers et de workshops…

    Mais le numérique n’a pas de frontière et s’épanouit dans la mobilité, comme l’a montré l’expérience Solidarité Numérique permettant l’accompagnement des difficultés en distant et par téléphone. Enfin, nombreuses sont les structures de l’économie sociale et solidaire comme les acteurs publics à demander des interventions de professionnel·les compétent·es in situ pour développer l’accompagnement du numérique.

    Par conséquent, l’approche territorialisée est-elle la bonne approche ? Doit-on miser sur le développement d’une médiation numérique ? Implantés majoritairement au coeur ou en périphérie des grands centres urbains, les tiers-lieux sont-ils la réponse la plus adaptée aux besoins des personnes et entreprises les plus éloignées du numérique ? Comment articuler les différents lieux et espaces dédiés aux enjeux d’accompagnement ?

    Les fabriques des territoires

    Une fabrique de territoire est un tiers-lieu « tête de réseau ». C’est à la fois :

    • un lieu ressource pour les porteur·euses de projets environnants ;
    • un lieu de formation et d’apprentissage par le « faire ensemble » ;
    • un lieu d’inclusion numérique pour les populations éloignées d’Internet et de ses nouvelles opportunités.

    En 2021,
    268 fabriques de territoire bénéficieront du soutien de l’État pour incarner de véritables lieux « ressources » pour le réseau de tiers-lieux du territoire.
    32 fabriques numériques de territoire proposeront de nombreuses activités autour du numérique aux habitants et professionnels du territoire.

    Pour aller plus loin :

  • Rôle et limites des tiers-lieux dans la fabrique des villes contemporaines, par Raphaël Besson, expert en socio-économie urbaine et docteur en sciences du territoire (laboratoire PACTE, université de Grenoble)
  • Démocratiser les tiers-lieux, par Antoine Burret, sociologue à l’Institut des Sciences des Services au Centre Universitaire d’Informatique de l’Université de Genève
  • Comment les tiers-lieux numériques prennent place dans la fabrique urbaine, par Flavie Ferchaud, doctorante au laboratoire Espaces et Sociétés (ESORennes) à l’Université Rennes 2
  • Les Tiers Lieux, des méta-dispositifs issus de l’informatisation sociale, par Benjamin Lorre, docteur en Information et Communication de l’Université Paris 13
  • Et pour NEC 2020 ?

    • Quelles formes donner aux tiers-lieux pour en favoriser la fréquentation par les publics éloignés du numérique ?
    • Comment décliner les tiers-lieux dans les territoires ruraux pour en faire de réels vecteurs de démocratisation des outils numériques ?
    • Comment intégrer les enjeux de l’inclusion numérique dans les tiers-lieux ?

    Quelles compétences pour le travail de demain ?

    […] Nous pensons que la technologie n’est pas seulement une finalité de l’intervention […], mais qu’elle peut devenir un dispositif méthodologique à part entière permettant d’interroger la relation entre le triptyque individu, organisation et travail. La technologie deviendrait ainsi un moyen potentiel d’intervention pour le développement de l’activité et de l’individu. Parce que l’usage de l’outil concerne toutes les dimensions de l’organisation et les rationalités qui sont à l’oeuvre dans l’entreprise, l’outil technologique serait ainsi au coeur du métier.

    Marc-Eric Bobillier-Chaumon (2013). “Conditions d’usage et facteurs d’acceptation des technologies de l’activité : Questions et perspectives pour la psychologie du travail”. Ecole doctorale Sciences de l’Homme, du Politique, et du Territoire (Psychologie). En ligne.


    Face aux enjeux de compréhension et d’acceptation des technologies au travail, l’inclusion des travailleurs⋅euses nécessiterait le développement de nouvelles compétences. En effet, le déploiement des technologies numériques dans les organisations bouleverse les façons de collaborer et le rapport que chacun⋅e entretient avec son travail.

    Cette numérisation peut en effet à la fois :

    • faciliter le travail en soulageant celles et ceux qui l’effectuent
    • empêcher et isoler les salarié⋅es comme les agent⋅es et devenir un outil de contrôle et de pouvoir, comme l’expliquait John K. Gilbert spécialiste des sciences de l’éducation, en 2005.

    L’introduction d’une nouvelle technologie aboutit nécessairement à modifier un écosystème organisé pour des modèles de gestion et des pratiques identifiées. Aussi, lorsqu’ils visent uniquement le développement de compétences techniques des collaborateurs, les projets de formation portés par les entreprises manquent trop souvent l’opportunité de façonner un projet de transformation adapté aux réalités du travail.

    Quelles compétences développer alors pour adapter les projets de transformation numérique aux réalités du travail ? Comment faire des projets de transformation des occasions de construire des environnements de travail capacitants ?

    L’acceptabilité sociale des technologies

    La psychologie du travail et l’ergonomie fournissent des modèles de compréhension des façons dont les individus au travail se saisissent et font usage des outils numériques dans l’activité. La facilité d’utilisation perçue, et l’utilité perçue par les utilisateurs d’une technologie mise à leur disposition apparaissent comme des déterminants majeurs de leur acceptation, à travers les représentations construites et les expériences réalisées. Mais au-delà de l’usage des outils, la notion d’acceptabilité sociale engage une capacité instituante des acteurs sociaux sur la nature même du projet, et interroge le travail politique à conduire pour déterminer sa pertinence et sa légitimité.

    Pour aller plus loin :

    Et pour NEC 2020 ?

    • Comment prendre en compte les conditions de travail dans les projets de transformation numérique ?
    • Quelles compétences développer pour la médiation numérique ?
    • Comment co-construire un projet de transformation numérique ?

    Pour aller plus loin

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    NEC 2020

    ça se passe dans

    Personnes interrogées lors des entretiens NEC

    CNES : Fabio Mainolfi / Fédération Open Space Makers : Damien Hartmann, Anne-Lise Coudry / Inno3 : Benjamin Jean, Célya Gruson-Daniel, Vincent Bachelet / Open Law : Sumi Saint Auguste, Myriam Hammad, Lucie Sztejnhorn / Open Source Politics : Valentin Chaput, Virgile Deville, Olivier Buchotte / Métropole de Lille : Silvère Mercier / Datactivist : Samuel Goëta / ANACT : Vincent Mandinaud, Amandine Brugière / Lab 110 : Sommalina Pa / Ouishare : Solène Manouvrier / Orange Labs : Valérie Peugeot / Framasoft : Pierre-Yves Gosset / Conseil Départemental de Charente-Maritime : Marianne Bonfils / SICOVAL : Anne-Claire Dubreuil / Ubik : Clément Dulude / Télécom ParisTech : François Huguet / Etalab : Simon Chignard, Bastien Guerry / IMT Atlantique : Michel Briand / Les Interconnectés : Céline Colucci / PIX : Marie Bancal /  Open Knowledge Foundation : Cédric Lombion / CNRS : Lionel Maurel / Ministère du travail : Michaël Cottin / Banque des Territoires : Nicolas Turcat / Fabrique des mobilités : Gabriel Plassat / Coop des communs : Nicole Alix / Université de Genève : Isabelle Collet / France Tiers Lieux : Yolaine Proult /Oxamyne : Nicolas Loubet / La 27ème région : Stéphane Vincent / Métropole de Lyon : Christophe Lafoux / Happydev : Sylvain Le Bon / Ministère de l’Education Nationale : Murielle Brunet / Ville de Strasbourg : Sandrine André / La Fibre64 : Amalia Martinez