NUMÉRIQUE DURABLE

Repenser les politiques publiques numériques à travers le prisme des enjeux écologiques et sociaux actuels

En 2013, les acteurs du numérique étaient responsables de 2.5% des émissions de gaz à effet de serre. Ce chiffre dépasse aujourd’hui les 4% faisant entrer le numérique, s’il était un pays, dans le top 10 des pays les plus polluants. L’explosion des usages et des équipements induits par les nouvelles « révolutions » technologiques comme la 5G ou l’IoT feront grimper, selon les projections scientifiques, ce chiffre à 8% d’ici 2025. L’utilisation des outils numériques n’est pas la seule source de détérioration de l’environnement. La pollution croissante des écosystèmes et la fragilisation des communautés dues à la production, l’acheminement et le recyclage de nos appareils font du numérique un réel défi écologique et humain que nous nous devons de prendre à bras le corps.

Face à ces enjeux grandissants, la construction d’une politique publique adaptée devient indispensable. Le devoir d’exemplarité des institutions les invite à expérimenter d’autres modalités d’action publique permettant la généralisation d’un numérique d’intérêt général inclusif, durable et au service des citoyens.

L’exploration Numérique Durable de NEC21 visait à mobiliser les acteurs de terrain pour faire émerger des propositions concrètes afin de concilier les enjeux de numérisation, d’inclusion (accessibilité, fractures numériques, illectronisme) et d’impacts environnementaux à travers deux axes :
➔ Le développement d’une filière de reconditionnement des équipements numériques sur les territoires
➔ Le passage à l’échelle des initiatives de technologies sobres / alternatives / éco-conçues

Une exploration menée par La mission interministérielle numérique écoresponsablede la DINUM, le Programme Société Numérique de l’ANCT et Ctrl S.

 
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À contre-courant des politiques d’innovation technologiques pensées par des fournisseurs de services et autres géants du numérique dont les intérêts ne sont pas toujours alignés avec ceux des territoires et des citoyens qui l’habitent, ce sont justement ces acteurs de terrain qui doivent être mieux représentés par les instances publiques à toutes les échelles, à commencer par les plus locales. Cela implique la construction de méthodes et d’espaces de réflexion permettant aux médiateurs, aux élus, aux représentants, mais aussi aux militants et citoyens engagés des secteurs associatifs de s’emparer de ces enjeux, de les aligner avec les impératifs écologiques locaux comme généraux et de les traduire en plans d’actions.

Vous trouverez, ci dessous, les résultats de cette première expérimentation amenée à être discutée et enrichie.
Quelques biais persistent comme le recours instinctif aux “référentiels” et “cartographies” (importants mais limitant le passage à l’action) mais l’expérimentation a fait émerger des réflexions nouvelles et structurantes comme la création de nouveau(x) modèle(s) de gouvernance des services et produits numériques garantissant sobriété et passage à l’échelle. Grâce à son pouvoir de mobilisation, d’analyse de la complexité et de création, la méthodologie Design apparaît comme un levier efficace pour co-construire avec les parties prenantes des politiques numériques durables, sobres, locales et inclusives qui méritent cependant d’être améliorées pour garantir l’action.

DÉROULÉ

Les chiffres clés de cette exploration :

➔ 3 ateliers d’1h30,
➔ mobilisant 26 participants d’horizons variés (instances gouvernementales, institutions territoriales, associations, élus, tiers-lieux…),
➔ autour des deux axes cités précédemment.


RÉSULTATS

Les résultats sont sous la forme de 6 feuilles de routes opérationnelles qui ont été produites en suivant une méthodologie inspirée des pratiques du design et de l’innovation responsable proposées par Ctrl S (cartographie des enjeux, identification des points de frictions, problématisation précise, idéation et matérialisation).

Filières de reconditionnement
Rendre plus désirable un produit conditionné


L’enjeu principal pour ce groupe de travail relève d’abord des imaginaires autour du reconditionné, de la deuxième main et plus largement de la confiance des citoyens en ce genre de solutions alternatives. Pour parvenir à ce résultat, trois grandes phases ont été proposées :

Construire un référentiel commun, reconnu par tous les acteurs impliqués afin de mettre en place une base de dialogue et d’évaluation claire et qui servira ensuite de base à des labels et autres écoscores pour transmettre cette information aux consommateurs.
La commercialisation, pour laquelle les relais de distribution et la visibilisation des produits reconditionnés comme alternative crédible est cruciale, ce qui implique notamment un travail sur la sémantique utilisée.
Le passage à l’échelle de ces réseaux de distribution et la recherche d’un engouement ou d’une mode durable et désirable, reposant entre autres sur de la communication et des partenaires établis.

Filières de reconditionnement
Apprentissages autour de la sobriété numérique


Ce groupe s’est tourné vers les questions d’apprentissages techniques et les filières professionnelles qui peuvent soutenir et valoriser à la fois la sobriété numérique par le reconditionnement et elles-mêmes. Les trois phases établies pour mener à bien ce projet sont :

Une phase d’ingénierie, nécessaire pour identifier les possibilités techniques d’une part, mais aussi pour définir quelles sont les compétences à faire évoluer voire à créer pour répondre aux besoins de cette filière, avec un impact sur les cursus qui forment les futurs techniciens du reconditionnement.
Lancement de nouveaux cursus de formation, et suivi de la pertinence et de l’efficacité.
Des étapes d’itération en fonction des retours terrain, des débouchés observés et des objectifs ajustés suite aux deux premières phases.

Filières de reconditionnement
Coordination territoriale pour une filière visible et efficiente


Pour ce troisième groupe, c’est la coordination des divers acteurs territoriaux qui a été au centre des réflexions et des propositions. Devant la complexité d’une telle initiative, la feuille de route suivante a été proposée :

Création d’un territoire d’expérimentation, afin de commencer à une échelle réduite et d’être en mesure de créer un modèle réplicable qui a fait ses preuves.
Evaluation poussée du déroulé et des résultats de l’expérimentation, afin de parfaire le modèle et de maximiser la possibilité de généraliser celui-ci avec succès.
Lancement de l’expérimentation dans une deuxième version affinée et éventuellement adaptée sur plusieurs territoires, nécessitant alors une coordination de plus grande échelle avec un acteur national tel que la DINUM par exemple, tout en laissant de la marge de manœuvre aux instances territoriales pour s’approprier le modèle de coordination du reconditionnement et l’adapter aux spécificités locales.

 

Initiatives de technologies sobres
S’appuyer sur l’enseignement pour diffuser le numérique responsable


Pour le premier groupe de ce deuxième axe, l’articulation centrale de l’atelier était l’enseignement général, notamment dans le secondaire. L’enjeu identifié ici était l’éducation des générations à venir à des pratiques plus responsables et plus sobres en termes de numérique. Pour y parvenir, les trois phases suivantes ont été proposées :

Création collaborative d’un programme spécifique de formation à destination des enseignants et indirectement des élèves, en incluant dès le début les différentes parties-prenantes concernées.
Mise en place du programme et du suivi de l’efficacité et de la pertinence de celui-ci sur une durée de plusieurs années, afin de récolter des retours et des possibilités d’amélioration.
Une phase itérative d’amélioration continue vient compléter les deux premières, afin de le faire perdurer dans le temps et de faire évoluer celui-ci avec les connaissances scientifiques d’une part mais aussi avec les évolutions sociétales au long-cours.

Initiatives de technologies sobres
Mutualiser et partager des solutions sobres à l’échelle d’un territoire


Le deuxième groupe de cet axe a travaillé sur la mutualisation de solutions sobres à une échelle territoriale, avec un focus particulier sur les métiers, les outils et les ressources permettant la conception et le maintien de ces outils. Les trois phases résultant de cette proposition sont les suivantes :

Une cartographie précise et dynamique de l’existant, afin de connaitre les besoins territoriaux et les différentes parties prenantes qui s’y trouvent, le tout de manière évolutive.
Accompagner la solution retenue afin d’une part de s’assurer de sa sobriété et du maintien de celle-ci, et d’autre part de s’assurer du bon développement de la solution retenue, suite à l’identification d’une initiative existante à potentiel ou d’une manifestation d’intérêt formulée par un acteur territorial.
Création d’un réseau d’ambassadeurs cibles de la solution développée, afin de diffuser celle-ci et d’en améliorer le fonctionnement tout en assurant une garantie de sobriété et d’efficacité suite au passage à l’échelle.

Initiatives de technologies sobres
Gouvernance pour les communs distribués


Le troisième groupe de l’axe 2 a travaillé sur la gouvernance à adopter pour les communs distribués de nature variable (procédé, service numérique, ressource numérique…) en proposant les trois phases suivantes :

Etablir un fonctionnement collectif dès le début, en créant les espaces propices à la définition d’un cadre méthodologique commun d’expression des besoins des participants.
Election de quelques unes des solutions qui émergent grâce aux besoins exprimés et aux porteurs de projets qui choisissent d’y répondre, toujours dans une logique d’innovation ouverte et participative. Il faut alors être en mesure d’accompagner ces projets et les équipes qui les portent.
Passage à l’échelle organique (et potentiellement limité) qui est visé, pour les solutions qui sont devenues suffisament matures suite à l’accompagnement de la deuxième phase, en s’assurant encore de l’ouverture des communs alors créés, dans un objectif clairement établi d’intérêt général.

ENSEIGNEMENTS ET RESSOURCES

Ce que nous avons appris et formalisé avec cette exploration

EN CE QUI CONCERNE LA MÉTHODE

Il est aujourd’hui nécessaire de coordonner la diversité des acteurs impliqués autour du thème de l’innovation durable en s’appuyant sur plusieurs piliers territoriaux avec des missions bien définies (enseignement, communication, collecte, traitement, distribution…) et en suivant une feuille de route cohérente et évolutive, afin que les besoins et objectifs de chacun puissent être entendus et adaptés.

DES RESSOURCES ACCESSIBLES

Ces feuilles de route sont destinées à servir d’esquisses détaillées pour les projets, en cours et à venir, autour du numérique responsable pour l’action publique et les multiples acteurs qui l’assistent ou en dépendent. Elles sont ouvertes et accessibles, modifiables et adaptables, dans une logique de commun faisant directement écho à la ligne directrice du NEC21. N’hésitez pas à vous les approprier !

Vous souhaitez en savoir plus, rejoindre le projet ou contacter les participant.e.s ?

Signalez-vous par mail auprès d’Angela qui vous mettra en relation avec les porteurs du projet : angela@numerique-en-commun.fr.